Accès aux soins en milieu rural – que faut-il changer ?

Notre canton chevauche en partie la circonscription du Député Thomas Gassilloud, lequel a organisé jeudi soir un ‘grand débat citoyen’ sur le thème de l’accès aux soins en milieu rural.

Vous savez que ce sujet nous tient à coeur, avec notamment la menace qui pèse sur le Centre médical de l’Argentière et sur le Centre Périnatal de l’Arbresle, ces deux étant des structures de proximité importantes pour la population des Monts de Lyonnais.

Après un accueil par M. le Maire en introduction, le Député Gassilloud a prononcé quelques paroles liminaires et présenté un clip d’Agnès Buzyn, Ministre de la Santé, qui a dit tout son attachement à un égal accès aux soins pour nos concitoyens. Mais est-ce que ses paroles sont suivies des faits ?

Un clip ‘photo’ de la desserte (du désert ?) sanitaire de la circonscription montre qu’il y a des villages à l’abandon médicalement parlant, et qu’il est parfois nécessaire de descendre à Lyon pour voir notamment les spécialistes. Des interventions depuis la salle en cours de soirée ont alerté que la situation allait surement s’empirer, en raison du numerus clausus et de la pyramide des âges.

Evidemment avec la présence de JY Grall, Directeur Général de l’Agence Régionale de la Santé à l’estrade, Sheila n’a pas hésité à aborder la situation du CPN de l’Arbresle, dont la fermeture des lits d’hébergement est programmée pour août 2019 (annoncée cette semaine).

Vous pouvez bien sûr tout regarder, mais cet échange a lieu vers 1h20

 

Tout d’abord, vous remarquerez que face à une question sur le déni de la démocratie, que malgré le soutien (qu’il connait) de tous les élus locaux et de la population pour la position que défendait Sheila, un fonctionnaire de l’Etat, le Préfet Régional de la Santé si vous voulez, se permet de se comporter en donneur de leçons à leur représentative. C’est insupportable.

Sur le fond, aucune réponse, sinon ‘vous ne rentrez pas dans les clous’. Très bien, bougeons les clous.

« Vous avez eu de la chance d’avoir continué si longtemps ». Faut-il dire merci ? Non, nous avons toujours demandé une évaluation de l’expérimentation que l’ARS a approuvée et jamais retirée.

« Si tout le monde s’affranchit de tout quand ça l’arrange cela ne va pas », dit-il,  comme si les Administrateurs de l’hôpital étaient des hors la loi irresponsables. Pour siéger au Conseil d’Administration nous pouvons vous assurer du contraire.  Il dit que l’hébergement n’est pas sécurisé, nous ne savons pas d’où ça sort. Ce qui ne sera pas sécurisé à partir de septembre 2019, si les lits ferment, c’est l’accouchement inopiné, le prématuré, la personne non véhiculée pour qui on n’a pas assez de pompiers volontaires pour l’acheminer à la maternité.

Nous l’avons déjà dit, on tend trop à réfléchir en termes de soins et non en termes de prévention. De ce fait nous avons un système de soins et non un système de santé. Malheureusement la prévention a un coût mais pas de résultat visible, alors que les drames sont plus facilement comptabilisés (et coûtent plus cher).

Il dit ‘changeons la loi’, chiche, on ne demande que cela.

Nous prenons donc attache avec l’un des intervenants, le Dr Isaac-Sibille, médecin et Député qui a l’air beaucoup plus branché ‘prévention’ et notamment allaitement pour lui parler du Centre Périnatal de l’Arbresle et plus généralement des difficultés que nous pouvons rencontrer en milieu péri-urbain et rural. Après l’échange avec le Dr Grall, il est maintenant clair que le maintien des lits d’hébergement au CPN de l’Arbresle dépendra d’un changement de cap politique. Nous ferons notre possible pour mener cette bataille, mais il va falloir que la population se batte aussi pour préserver cet outil précieux. Vous pouvez compter sur nous, nous comptons, et le personnel du CPN compte, sur vous.

En tout cas je remercie le Député Gassilloud d’avoir organisé ce temps de rencontre, c’était peut être un peu risqué par les temps qui courent mais, dans l’ensemble, les échanges ont été courtois et construits, même si une note de tension étaient bien audible à plusieurs reprises.  Ainsi qu’une grande frustration par rapport aux réponses ou non-réponses obtenues.

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Séance plénière novembre 2015

Vivement qu’on en termine avec ce mois de novembre…
Réunis en séance plénière ce vendredi 20 novembre, pile une semaine après les évènements atroces à Paris, au moment où nous avons rendu hommage aux victimes, nous avons appris la prise d’otages à Bamako. Le Président Guilloteau a évoqué aussi une victime rhodanienne de ce qui s’est passé à Paris, dont il assistera aux obsèques lundi.
Chaque président de groupe est intervenu. Voici ce que Bernard Chaverot a tenu à dire :

« Le week-end dernier la France s’est réveillée sans voix face à des actes d’un autre temps. C’est notre façon de vivre que certains veulent détruire. C’est la culture, la laïcité, le vivre ensemble, la tolérance, les solidarités qui ont été attaquées.

Le monde entier nous a montré, à travers des témoignages ou des actes symboliques, que notre pays est pour beaucoup le modèle à suivre pour toutes ces valeurs, et nous devons tout faire pour qu’il le reste.

Il nous faut maintenant nous relever, reprendre une vie normale et surtout faire face à un ennemi invisible.

J’ai dit récemment dans un journal que je ne comprenais pas pourquoi les différentes composantes politiques n’arrivaient pas à faire l’union sur certains sujets. Evidemment, je ne pensais pas à un sujet aussi grave.

Tous ici, nous ne défendons pas les mêmes idées. Nos opinions divergent sur de nombreux points. C’est là, la force de notre Démocratie. Mais face à un tel fléau nous devons rester dignes et unis. La France ne doit parler que d’une seule voix. Ensemble nous réussirons. La barbarie ne gagnera pas, elle n’a jamais gagné dans notre pays. »

Après les interventions, une minute de silence, et une marseillaise chantée à capella par l’ensemble de l’assemblée et du public.

C’est donc dans une ambiance pour le moins inhabituelle que nous avons débattu des différents dossiers. Peut être que ceux-ci ne prêtaientt pas particulièrement à polémique, peut être que tout le monde relativise au vu des évènements… toujours est-il que les tensions qu’on pouvait ressentir lors des séances précédentes étaient moins palpables, pour ne pas dire absentes.

Deux ou trois points méritent néanmoins d’être mentionnés :

Premièrement la mise à disposition du Centre d’hébergement de la Fondation Caisses d’Epargne (Aveize), pour une étude de faisabilité concernant une implantation provisoire (2016-18) de certaines activités du centre médical de l’Argentière (foyer d’accueil médicalisé, établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes et une maison d’accueil spécialisé).

Bernard est intervenu pour le groupe. « Il faut dire quand ça ne va pas mais aussi quand ça va », et de remercier tous ceux qui ont travaillé sur le dossier pour leur dextérité.

Il a rappelé que le centre appartient au Simoly, qu’on y accueille les brûlés, notamment de la face, et les soins de suite pour l’instant, mais que le centre doit évoluer. Il a également rappelé que le centre est le premier employeur local avec 320 ETP, soit 400 personnes. Auparavant à statut associatif, il est maintenant géré par la Fondation de la Caisse d’Epargne. L’ARS est en accord avec le projet d’extension à condition de revoir le public qui y est soigné, elle demande des places en foyer d’accueil médicalisé, ainsi que l’accueil de personnes porteuses de handicap mental vieillissantes.Nous avons bien évidemment voté pour le rapport.

Un dossier nous a ‘chatouillés’ par contre, c’est l’épisode le plus récent de l’aide fourragère aux agriculteurs. Vous vous souviendrez que nous avons voté en septembre des mesures d’urgence pour aider les agriculteurs, victimes de la sécheresse. Bien. Mais l’aide du Département allait être conditionnée à une aide réciproque des Communautés de Communes, condition décidée de manière unilatérale par le Département. Pas bien.

Nous voilà donc enfin avec les modalités, 3 mois plus tard, ce qui veut dire que les EPCI vont pouvoir délibérer. Tout bien calculé, cette deuxième vague d’aides pourra être versée en janvier, factures à l’appui (une aide forfaitaire ayant déjà été versée, pour 1413 exploitations).

Par contre les adeptes d’Orwell reconnaitront volontiers le novlang de la phrase suivante du rapport : « pour intégrer l’effort de solidarité des intercommunalités… ». Effort de solidarité pour lequel elles n’ont pas été consultées. Des volontaires nommés d’office, en quelque sorte. Pour certaines communautés de communes, verser même le ‘minimum syndical’ soit 75 euros par éleveur bovin, caprin, ovin ou porcin, représente une somme considérable et surtout pas budgétisée. Mais quand certains Présidents de communauté de communes évoquent leurs difficultés à trouver la somme, le Président Guilloteau leur répond ‘vous ne voulez pas aider les agriculteurs’. Rajoutant même que ‘les Maires progressistes préfèrent aider les migrants que nos propres agriculteurs’. Joli joli. Une grille a été présentée car l’aide départementale varie selon que l’on parle de foin, de maïs en épi ou de maïs ensilage.

Comme en septembre, nous n’allions pas voter contre le rapport, ce qui reviendrait à nous opposer au versement de l’aide départementale, mais cette coercion des EPCI n’est pas à notre goût, ne facilite pas la coopération avec les élus locaux et ne présage rien de bien quant aux futurs accompagnements du Département car en lisant entre les lignes des explications du Président, on aura d’autres montages similaires à l’avenir. Pour rappel nous terminons l’année budgétaire ‘Mercier/Chuzeville’. L’année prochaine on aura le premier budget de l’ère Guilloteau…

Un rapport concernant les droits de mutation reversés aux communes de moins de 5000 habitants. C’est un sujet (et surtout un calcul) assez technique, mais en gros, les taxes perçues sur les ventes des biens immobiliers vont dans un pot commun, appelé un fonds de péréquation. Péréquation pourquoi, parce qu’on ajuste le montant que perçoit chaque commune en fonction de certains critères, les communes plus riches aidant un peu les communes moins aisées. Tout va bien, à gauche on aime la redistribution et la solidarité.  Sauf que depuis le divorce entre la Métropole et le Nouveau Rhône, la « pension alimentaire » est gravement touchée, puisque  les communes de la Métropole contribuaient davantage qu’elles n’en retiraient. En outre, le marché de l’immobilier est extrêmement lent en ce moment, aussi lorsqu’on réduit aux seules transactions enregistrées sur la commune, le gâteau est tout de suite plus petit.

Sur notre canton, seule la commune d’Eveux voit sa part augmenter, d’environ 3%.  Mais pour d’autres, on enregistre des baisses de plus 20%… et par les temps qui courent c’est une très mauvaise nouvelle. On trouve dommage que l’on n’ait pas anticipé, au moment du ‘divorce’, l’impact négatif sur les communes du nouveau Rhône, qui était pourtant prévisible, au moins pour la partie qui n’est pas sujette aux aléas du marché. 

Sur un thème un peu similaire, et pour terminer sur une note d’accord avec la majorité, nous avons également parlé de l’internat de Claveisolles. Historiquement cet internat recevait des enfants dont les familles ne pouvaient pas assumer la charge. De nos jours il s’agit plutôt d’enfants avec des soucis disciplinaires et/ou familiaux. L’internat héberge des enfants de la Métropole et du Nouveau Rhône. Parmi les nombreux aspects à traiter au niveau du CLERCT (le ‘jugement de divorce’ si vous voulez entre les deux collectivités, à savoir qui a quoi et qui paie quoi), il semblerait que l’internat de Claveisolles ait été omis.

Il ne serait que du bon sens que chacun contribue au pro rata de ‘ses’ enfants, mais la Métropole, ou du moins ses services financiers, ne voient pas les choses de cet oeil là. Considérant que l’internat n’est pas dans le CLERCT et qu’il se trouve hors de son territoire, la Métropole ne veut pas prendre en charge sa part. Nous avons donc voté une somme qui permettra à l’internat de tourner, mais trouvons que moralement la Métropole devrait assumer sa part, au moins pour cette année. Il semblerait qu’elle préfère à terme ‘rapatrier’ ‘ses’ enfants dans une autre structure intra muros, alors que pour ces enfants, se retrouver ‘au vert’ est peut être plus propice à leur développement qu’une solution urbaine… Leur départ laisserait certes des places pour des enfants du Département, mais le Président Guilloteau considère que nous ne pourrons pas assumer les charges de deux structures…

La Gauche Départementale s’engage à prendre contact avec le Président de la Métropole pour qu’il puisse peser politiquement sur cette situation administrative, et pour que la Métropole remplisse son devoir moral envers ses enfants.

Réunion à St Laurent – vieillesse, dépendance, petite enfance

Le mercredi 18 mars, une quarantaine de personnes se sont déplacées à St Laurent de Chamousset pour notre avant-dernière réunion publique de la campagne, où il était question de nos plus jeunes concitoyens et de nos aînés.

Ces deux sujets font partie des compétences sociales du Département, et c’est peut être ce qui pourrait sauver les Départements que l’on dit voués à disparaitre, car se sont des sujets difficiles sur lesquels d’autres collectivités hésitent à se porter volontaires. En effet les Départements ont la compétence pour la petite enfance, l’enfance en danger, le RSA, le handicap, les personnes âgées avec l’APA (allocation d’autonomie)… un budget conséquent et une responsabilité lourde.

A noter que le Département n’aide pas les communes sur l’aménagement de logements adaptés, c’est surement un sujet à creuser.

Notre intervenant pour la soirée était Jean Camy, qui nous a fait la gentillesse de remplacer Christiane Demontès. Ancienne Sénatrice du Rhône, Christiane a encore quelques missions au niveau national qui l’ont empêchée d’être avec nous.

Montromantais depuis 35 ans, Jean a travaillé pendant 2 ans au cabinet de Jack Lang.

Jean explique que la dépendance est progressive. A partir de l’âge de 50 ans on peut avoir des parents et/ou des conjoints dépendants et bien évidemment c’est le cas de plus en plus de monde puisque la population vit plus longtemps.  Lui même a un papa de 90 ans qui était autonome jusqu’à il y a 2 ans. Il est en EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) depuis 18 mois. En outre, depuis 14 ans, la femme de Jean souffre de la maladie de Parkinson. Elle est maintenant en phase de démence parkinsonienne, et a besoin d’une présence au quotidien.

Typiquement, on s’accroche tout d’abord au maintien à domicile, notamment au début de troubles d’orientation. Des dispositifs existent et fonctionnent pour aider la personne et l’entourage. Mais quand la maladie devient ingérable, il faut de l’aide. Et s’il faut une personne à domicile 24h/24 cela coûterait environ 12 000 euros par mois, autant dire impossible pour la plupart des familles…

L’alternative la plus commune : les EHPAD. Mais à 70/80 ans, se retrouver pensionnaire même dans des conditions de confort ‘hôtelier’, et finir sa vie en collectivité ne fait pas trop envie à la plupart des gens. Humainement ce n’est pas souhaitable. Jean trouve assez écoeurant de recevoir des mails qui encouragent à investir dans une « industrie d’avenir », les EHPAD, avec un taux de rentabilité de 8% ! Quel business !

Dans les EHPAD, c’est un système très hiérarchisé. En haut il y a le médecin qui passe de temps en temps. Ensuite, le personnel administratif, qui ne fait pas du lien social avec les résidents bien sûr. Le personnel soignant, 3e niveau, en fait un peu plus mais l’essentiel de l’effort repose sur les assistant(e)s de vie, qui ont des rythmes de travail infernaux, payés à coup de lance-pierre. Ce n’est pas une vie pour ces salariés. Des jeunes sont formés, ils n’en peuvent plus au bout de 3 ou 4 ans, et on tourne…

Il faut donc savoir que si on met quelqu’un dans un EHPAD, c’est surtout cette 4e catégorie de gens qui s’occupera de lui.

Le Conseil Général fait de son mieux, ce ne sont plus des mouroirs.

Mais Jean pose la question : n’est-il pas possible de trouver d’autres réponses que ces deux (maintien à domicile ou EHPAD) à la prise en charge de la personne dépendante ? Il y a une troisième voie, une tierce solution, ce sont les familles d’accueil, même si l’on n’a pas forcément envie non plus de ‘laisser’ son parent/conjoint dans les mains d’une autre personne. Mais force est de constater que sinon l’on passe du tout (chez soi) à rien (EHPAD, où les familles sont un peu tenues à l’écart par les professionnels, selon Jean).

Nous sommes sur un territoire où les solidarités traditionnelles existent encore dans un monde où tout se commercialise et se professionnalise… alors que, et là Jean nous a sorti une très jolie phrase, « Dans les choses qui nous sont essentielles, très peu s’achètent… »

Il nous faut donc saisir toutes les occasions pour renforcer ce genre de solidarité, d’engagement.

Il suggère qu’il serait possible de faire, pour nos aînés, quelque chose comme les crèches parentales, où les parents assument des tâches d’accompagnement dans les structures à côté des professionnels. Il reconnaît que c’est délicat avec les personnes âgées…il y a la pudeur familiale, la dignité de la personne… L’idée est de mettre ensemble des gens qui ne sont pas étrangers les uns aux autres, avec des professionnels, qui aideraient les familles à trouver leur place dans le dispositif. Chacun peut donner quelques heures… et les conditions financières seraient plus favorables que les systèmes alternatifs.

La retraite est pour beaucoup un ghetto (et surtout plus on avance en âge), on est mis à l’écart, alors qu’on a encore des envies, des intérêts, des choses qu’on peut faire. « Heureusement que la richesse de la société dépasse celle que le PIB est capable de calculer ».

Est-ce faisable ? On l’a vu fonctionner en Lozère, mais il faut trouver le bon échelon géographique car si la personne âgée vient de (mettons) 100 km de distance, la participation de la famille dans la structure devient tout de suite problématique.

Nous avons parlé des MARPA (Maison d’Accueil Rurale pour Personnes Agées) dont une existe dans le Rhône alors qu’il y en a 20 dans l’Ain. Ce sont de petites structures, de 10 à 15 au départ, mais cela monte vite à 20 et 25 pour faire des économies d’échelle…

Une question de la salle : est-ce que le Conseil Général a son mot à dire sur le nombre de lits dans les EHPAD par exemple. La réponse est oui, puisque le Département finance et des élus siègent donc dans les EHPAD. Par contre les Conseils d’Administration (qui prennent des décisions) se sont transformés sous Sarkozy en Conseils de Surveillance (qui actent simplement ce que dit le Directeur de l’établissement)… Il a été dit que ce serait mieux de mettre moins d’argent dans les tapisseries et plus dans le personnel. Là-dessus, le Département est responsable des murs mais ne gère pas le personnel (un peu comme pour les collèges ou comme la Région pour les lycées où ces collectivités n’embauchent pas le personnel de l’éducation nationale). Par contre sur l’aspect ‘tapisseries’, ne pas oublier qu’il s’agit du confort des résidentes ET des conditions de travail du personnel…

Bernard Chaverot a évoqué une idée de places (lits) d’aide aux aidants dans les centres médicaux, ce qui est d’une importance énorme pour ceux qui ont à charge une personne malade, notamment d’Alzheimer.

Inspirée par une situation chez nous (une jeune maman, mère de 4 enfants en bas âge, frappée d’un cancer et dont le mari était en grande difficulté puisqu’il doit quand même travailler), une loi récente permet à des gens de donner des heures de RTT pour qu’un de leurs collègues puisse rester à la maison s’occuper d’une personne malade. Une belle solidarité !

On a quand même une belle contradiction avec l’attitude ‘Je paie mes impôts, faut qu’on me fournisse tout !’ (et il faut dire, parfois une approche trop institutionnelle des réponses apportées à certaines situations).

Quelqu’un a dit, parfois il y a trop de normes… et on avait l’impression d’ouvrir une vanne, avec un nombre d’exemples qui peuvent paraître ridicules. Entre autres, l’idée (très bonne et très ‘écolo’) de récupérer les eaux pluviales pour les toilettes d’une école. C’est interdit au cas où les enfants boivent dans les toilettes… (en gros les produits ne les tueront pas mais l’eau pluviale si !!!).

Un sujet qui a fait davantage débat, les repas des enfants en crèche. Avant, les parents amenaient les repas. La loi dit que ce n’est plus possible, c’est la collectivité qui doit fournir les repas MAIS il ne faut pas faire payer les familles. Evidemment cela a un coût non négligeable pour la Communauté de Communes ici, et les parents n’étaient pas favorables ! L’idée au départ était de dire que comme ça chaque enfant pouvait avoir au moins un repas équilibré… mais cela pose question sur la parentalité, le rôle essentiel du parent étant quand même de nourrir son enfant… et au vu de ‘la gamelle’ les crèches étaient tout à fait à même de repérer et d’accompagner les familles qui avaient du mal à fournir un repas équilibré… en même temps, il y’a un travail intéressant possible autour d’un repas partagé, on évite les jalousies…

Tout en avouant que le social est le sujet où elle aurait sans doute le plus à apprendre (et rapidement) en cas d’élection, Sheila McCarron a suggéré que le Département serait tout à fait dans son rôle en finançant des formations aux aidants, et des associations qui pourraient se développer pour regrouper les familles concernées. Elle trouve que le SCOT de l’ouest lyonnais (que d’aucuns considèrent uniquement une histoire d’élus) est pour le coup bien fait. En insistant sur le fait de garder des couloirs verts entre les communes, ce qui revient à limiter leur étalement, nous pouvons garder l’échelle communale et aider à préserver les solidarités de voisinage, plus difficile sur des communes plus importantes.

Nous avons évoqué les MAM (Maisons des Aides Maternelles). Celles-ci peuvent être salariées, cela créé du lien social, permet une amplitude horaire plus grande (très demandée par les familles qui travaillent sur Lyon notamment), permet de ne pas réveiller les plus petits puisqu’il faut emmener d’autres à l’école, et coûte moins cher à la collectivité. Pourquoi cela ne s’est pas répandu ? Entre autres parce qu’il y a un lobby des professionnels de la petite enfance qui craignent une concurrence par du personnel moins qualifié. A suivre.

La dernière question était sur des « Résidences pour seniors » privées qui accueillent des personnes autonomes (et ayant des ressources, surtout).  Nous sommes sceptiques…

On a terminé autour d’un verre comme de coutume.

Réunion santé

Lundi 16 mars, nous étions à la salle Louis Besson à Courzieu en compagnie d’une vingtaine de personnes, et s’il y en avait eu une de plus, elle aurait été debout ! Merci à M. le Maire, présent, de nous avoir mis à disposition la salle.

La discussion sur la santé a été tellement riche, que nous traiterons les emprunts toxiques dans un deuxième billet de blog.

Bernard Chaverot a exprimé en préambule sa colère par rapport aux propos d’un responsable EELV, relayés par Le Pays. La personne a dit que notre ticket ne représentait pas le collectif citoyen qui se présente avec le soutien d’EELV ‘puisqu’ils ne sont pas dans les associations’.

Bernard a souligné l’aide que le Conseil Général a apporté aux associations et quelques exemples de son action personnelle envers des associations en difficultés.

Sheila McCarron a rajouté que tous les deux avaient un passé associatif plutôt riche, elle même avait longtemps  été présidente d’ANA, l’association des usagers du Centre Périnatal de l’Arbresle qui avait défendu le Centre contre un projet de fermeture en 2001/2 (bien en rapport avec le sujet de la réunion, et un bel exemple de mobilisation citoyenne) ainsi que d’autres associations locales. Mais une fois élu(e) il faut parfois savoir tourner la page et laisser d’autres gérer les associations, tout en restant en contact pour apporter notre aide d’élu(e) si besoin, sinon il y a un possible mélange des genres.

Ca va mieux en le disant !

Thierry Philip, cancérologue de renom, Maire du 3e arrondissement à Lyon et Conseiller Métropolitain a démarré sa présentation en notant qu’il a partagé des mandats avec vos deux candidats titulaires. Avec Bernard au Conseil Général, et avec Sheila au Conseil Régional.

Pour lui, la santé est une question de territoires. Mais actuellement, le système est à l’envers. Le point de départ est l’hôpital, et on descend vers les territoires…

Par rapport à la loi santé (de Marisol Touraine, actuellement en débat), il y a quelques points d’achoppement mais il pense que globalement elle n’est pas si mauvaise que cela.

Thierry plaide depuis des années pour un système de santé et non de soins.

Il considère que l’enjeu du système sanitaire n’est pas forcément la maladie, mais le vieillissement de la population (compétence du Département donc et dont nous parlerons mercredi 18 mars à Saint Laurent de Chamousset (salle Boiron 20h30). Il trouve que cela a été mal anticipé, qu’il reste énormément de problèmes à aborder à toute vitesse, sinon on n’aura pas les moyens. Et ce n’est plus un problème franco-français ou européen, les Chinois aussi vivent plus longtemps !

Il pense qu’il faut s’occuper de la prévention plutôt que de traiter la maladie. Cela se joue dans les écoles, les collectivités, les associations. Que la Sécurité Sociale a besoin d’augmenter le pourcentage de son budget consacré à la prévention (le tabac fait 75 000 morts par an, 5 000 sont victimes du tabagisme passif, idem de l’amiante… L’alcool, la conduite, des suicides… tant de décès évitables). Et si l’on peut accuser une diminution des morts liés aux problèmes cardiovasculaires, on accuse néanmoins une progression du cancer liée au vieillissement (en vivant plus longtemps l’on accroit les ‘chances’ d’avoir un cancer).

Il y a un lien évident entre la santé et l’environnement, c’est à dire tout ce qui peut nous entourer (l’air, l’eau, le sol, ce que nous avons dans notre assiette, l’activité physique). Les collectivités sont des acteurs de la santé sans qu’on le pense. Les conditions de travail (notamment autour des pesticides) des employés sont de leur responsabilité, pour ne citer qu’un exemple.

La Sécurité Sociale est née en 1945 avec le Conseil National de la Résistance. Pour nous, l’Etat doit rester garant mais on a vu s’imposer des mutuelles… Parfois les soins de premier recours ne sont pas bien remboursés alors que c’est ceux qui permettent aux gens de rester en bonne santé

Thierry pense que la régionalisation de la santé était une bonne idée, mais l’administration de la santé a considérablement augmenté. Pour lui il faut bâtir le système à l’endroit, avec le territoire et le médecin généraliste au cœur du système. La Loi Santé va dans ce sens. Mettre les généralistes au cœur du système avec ceux qui peuvent se regrouper en maison de santé, par ex les sages-femmes, les infirmier(e)s…). Les médecins s’installent peu et/ou tard. La féminisation de la médecine a eu un gros impact, car les femmes souhaitent toucher un salaire, avoir des congés maternité etc. Personne ne veut s’installer seul et personne ne veut faire des semaines de 70h…

Une nouvelle organisation est à définir. Car globalement on a un taux suffisant de médecins en France mais il y en a beaucoup plus au sud qu’au nord. Il y a moins d’hôpitaux en Allemagne mais l’espérance de vie est la même. En Grand Bretagne, les soins sont mauvais mais la prévention est bonne, et ils ont une espérance de vie similaire à la nôtre. 11% du PIB est consacré à la santé en France, 16% aux USA mais ils n’ont pas une meilleure espérance de vie que nous.

Les moyens donnés aux médecins généralistes font partie du problème. Dans certains pays la sécurité sociale ne se contente pas de rembourser la consultation, ou de payer un salaire au médecin, mais donne des moyens aux généralistes. A titre d’exemple, le tiers payant ne marche que s’il y a un(e) secrétaire. C’est une question de moyens pour fabriquer une vraie médecine de territoire. Il y a 1000 médecins libéraux (spécialistes + généralistes) de plus qui partent (retraite etc) chaque année que ceux qui s’installent…

Tous les hôpitaux de Lyon n’ont pas besoin d’être des hôpitaux universitaires. La Croix rousse est un hôpital de proximité par exemple. Une partie devrait être gérée par des non-universitaires, qui s’occupent des malades plutôt que de la recherche.

Pour revenir à la loi santé : dedans il y a de la prévention (agir sur sa propre santé), de l’éducation, de la promotion, de l’innovation, de l’information, et un renforcement de l’efficacité des politiques publiques.

Alors ça coince où ? Sur la consultation à 25 euros. Thierry pense que c’est à faire. Les généralistes devraient être considérés comme toutes les autres spécialités. Et si c’est une spécialité, il faut l’enseigner à la faculté. C’est difficile pour les médecins de faire une campagne là-dessus puisque l’on pense qu’ils veulent juste plus d’argent.

Ca coince aussi sur le tiers payant. Ceux qui sont contre disent qu’ils ne veulent pas devenir salariés de la Sécu. Thierry est pour. Si on prend l’exemple des urgences pédiatriques, les familles y vont parce qu’il n’y a pas besoin de payer (ni prendre rendez-vous). L’avance d’argent est difficile pour certaines familles. La ‘Sécu’ est capable (c’est même garanti dans loi) de payer le médecin sous 7 jours, par contre il y a effecivement un souci avec les mutuelles qui, dans certains cas, paient 50% de la note.

La loi prévoit en tout cas la mise en place progressive du tiers payant, on verra en pratique si c’est problématique ou pas.

Ca coince aussi sur les Groupements Hospitaliers de Territoire, on avait l’impression que l’Agence Régionale de Santé allait mettre de l’ordre dans les territoires. Cela fait un peu peur à tout le monde, y compris sur les regroupements d’hôpitaux, les cliniques pensent que cela favoriserait l’hôpital public…

Autre sujet de débat, le Secteur I et le Secteur II. Un radiologue dans le public fait le même travail que dans le privé mais n’est pas payé à la même hauteur. Devrait-on diminuer le champ d’action de la sécurité sociale pour ne garder que les maladies graves, au risque d’un système privé géré par les mutuelles ? Ou avoir les mêmes conditions de rémunération car sinon on n’aura plus personne dans le public. Il faut savoir ce que l’on veut ! Si on reste dans la logique du secteur II il n’y aura plus de secteur I.

Pour résumer, Thierry Philip considère qu’il faudrait que les citoyens (et notamment les citoyens journalistes) arrêtent de se focaliser sur les quelques points d’achoppement, et qu’ils reconnaissent ce qui est bien, notamment du côté de la prévention. Qu’il faudrait bâtir le parcours du soin à partir des généralistes en réorganisant les territoires. Donner des façons de travailler qui conviennent aux jeunes (secrétariat, regroupements…). Donner 5 ans dans le public avant de partir dans privé, ça se fait chez polytechniciens par ex, pourquoi pas en médecine générale ?… En tout cas, il faut être viscéralement attaché au système public pour refuser le triple de salaire ailleurs…

Question de la salle : D’où viendra l’argent pour ces moyens supplémentaires ?

L’ARS donnera des moyens aux hôpitaux pour détacher des médecins dans le territoire. Il existe actuellement des stages pour les externes chez les généralistes, mais tous ne choisissent pas de les faire. Pourquoi pas faire généraliste dans l’hôpital et mettons 2 jours par semaine sur le territoire ? La loi prévoit de restreindre les enchères aux émoluments des anesthésistes par ex. ainsi que davantage d’argent pour les médecins scolaires et les médecins du travail.

Une autre question de la salle : pourquoi l’obligation d’avoir une mutuelle, est-ce un aveu d’échec de la Sécu ?

Pour Thierry, oui. Il faudrait que la Sécu paie tout ce qui permet de conserver sa santé et non les maladies graves. La CMU a permis de réels progrès en matière de santé chez des personnes défavorisées. Malheureusement les mutuelles prennent le pas sur sécu…

Un médecin généraliste libéral est intervenu. En France, les médecins engagent 0,2 ETP (femme de ménage par ex) chacun alors que c’est 2,2 en Grande Bretagne, où le taux horaire est plus élevé par médecin. Il se retrouve maintenant à choisir entre ses revenus et les conditions de service qu’il offre à ses patients. Les libéraux n’ont pas de perspectives de carrière

Ils paient leurs propres formations et ne sont pas augmentés malgré ces nouvelles compétences (et ne gagnent pas leur vie pendant que le cabinet est fermé). Ils ont certes 80 000 euros de revenus nets mais pour 70 heures par semaine ! 63 000 médecins libéraux sont proches de la retraite, 22 500 s’installent, seuls 8% vont en médecine générale. Si la société ne se donne pas les moyens on aura 50 000 médecins en moins, fini la proximité, ce sera une catastrophe sanitaire. Il faut, pour lui, structurer le système des soins, rendre les médecins généralistes et spécialistes accessibles, et l’hôpital doit représenter le 3e recours. 80% des passages aux urgences se font pendant les horaires d’ouverture des cabinets. Il faut avoir le courage politique de dire que les urgences peuvent certes voir le patient, mais ne pas livrer d’ordonnance (pour dissuader les ‘fausses urgences’). Une visite aux urgences coûte de 230 à 250 euros, alors que c’est 25 en semaine chez le médecin généraliste, ou 50 le weekend !

Ce médecin veut garder un peu de libre arbitre. Il trouve que les mutuelles ont de plus en plus de pouvoir, et ci c’est eux qui décident, les soins se feront sur des critères financiers et non pas médicaux. Il met en garde : les décisions d’aujourd’hui auront leur effet dans 15 ans…

Thierry Philip prône une augmentation du numerus clausus, et suggère qu’on pourrait recycler ceux qui sont recalés en médecine (avec 14 de moyenne !)…

Alors quel rapport avec le Département ? C’est la seule collectivité qui assure une vie dans territoires, et il peut aider les communes à monter des maisons médicales, c’est aussi un grand acteur de la prévention.